J'ai été fasciné par ce roman, par sa rudesse, par son intensité, par ces personnages paumés qui s'accrochent les uns aux autres, jusqu'à l'éclatement. J'apprécie tout particulièrement l'atmosphère du livre, celui de l'Indochine coloniale, des rizières, de la pluie, de la mer, de Saïgon. Tout un monde aujourd'hui disparu, un monde où il faut lutter pour survivre.
Roman
dur, roman sans concessions, roman moderne. Une écriture différente, qui surgit avec vivacité d'on ne sait où et qui parfois se brise ou tombe dans le vide.
J'avais
une puissante envie de lire ce livre depuis plusieurs années. A chaque fois la
lecture en avait été repoussée pour diverses raisons, sans grande importance.
Cette fois-ci après un voyage à Trouville, devant l'Hôtel des Roches Noires,
j'ai décidé de me lancer à la découverte des romans de Marguerite Duras... et
des films aussi.
J'ai
donc commencé par « Un Barrage contre le Pacifique ».
J'avais
été fasciné par le Vietnam, lors de mon voyage en 2007. Je m'attendais à être
fasciné également par le livre dont l’action se passe en Indochine. Mais la
fascination, pour autant qu'elle existe, n'est pas du même ressort que celle
éprouvée lors de mon récent périple. D’un côté l’appel de l’exotisme, le sourire
des vietnamiens, la beauté des paysages, de l’autre la réalité d’une famille désemparée,
miséreuse, spoliée au sein d’une société coloniale profiteuse et sans pitié
pour les faibles.
Dans
" Un barrage ", Marguerite Duras décrit des tranches de vie d’une
cellule familiale à trois, comprenant la mère, le fils et la fille, en 1931
dans le sud de l'Indochine. Ces trois personnages vivent dans un bungalow, sur
une concession achetée par la mère avec ses économies. Cette concession s'est
avérée incultivable dès la première année, la mer envahissant la quasi totalité
des terres chaque année. Aucune culture n'est possible, sauf si l'on construit
un barrage. Ca c'est le décor.
Aucun
des trois n'est réellement "sympathique", ni la mère, qui lutte de
manière désespérée contre l'injustice dont elle et ses enfants ont été victimes,
ni le fils révolté et hargneux, obsédé par les autos et par les phonographes,
adulé par sa mère et par sa sœur et à la recherche d’une femme qui lui
apportera amour et richesse matérielle, ni enfin la jeune Suzanne, fascinée par
son frère, mi-enfant, mi-jeune femme qui découvre son corps et son pouvoir naissant
sur les hommes et sur ce qu’ils peuvent lui apporter à elle et à sa famille.
Bien
sûr, cette histoire Marguerite Duras l’a vécue, en partie, c’est pourquoi elle
en parle avec une grande vérité. Elle décrit avec force et dureté la vie de
cette famille pauvre, à la dérive, qui finira par éclater en laissant des
traces indélébiles chez la jeune fille.
Un lien entre ce roman et l'Amant, écrit bien plus tard, permet de jeter un autre regard sur cette tranche de vie de la jeune Marguerite : la découverte de l'amour et de la séduction.
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