On a certainement tout écrit sur le sujet.
Peu importe, car la sensation de vide est une expérience
intime, chacun vit sa propre expérience. Mais ce n'est pas de ce vide dont je
veux parler. C'est du vide qui s'impose, du vide nécessaire, du vide élément
clé de la respiration et de la création.
Faire le vide, c'est un peu comme le "faire table rase"
de Descartes.
Pour retrouver l'essentiel, chasser tout l'encombrant. Et
quand on chasse l'encombrant, que reste-t-il ?
La vie, la respiration première, ce mouvement essentiel qui
permet de tout entreprendre.
On peut laisser courir la force de l'habitude, c'est-à-dire
reproduire constamment et machinalement ce qu'on sait faire, mais sans innover,
sans progresser, et alors on est dépassé, écrasé, enfoncé.
On peut aussi faire table rase,extérieurement et intérieurement, pour construire... sachant
que plus tard tout sera détruit : aedificabo
et destruam. Ce qui est essentiel, c'est l'acte, plus que le résultat !
On est dans une société où seul le résultat compte. On a des
objectifs, on les atteint, on a des résultats. On a réalisé ce que d'autres ont
programmé pour que les apparences soient sauves et pour que le "divertissement" fonctionne à plein.
Surtout ne pas sortir du moule, ne pas prendre conscience. Se divertir, être
diverti en permanence, société du spectacle, société muette !
Mais on peut aussi s'arrêter, souffler, réfléchir, prendre
du recul et acquérir l'absolue nécessité de "faire le vide".
Faire le vide apparaît comme un moment clé qui permet de
relancer la respiration, sa respiration, mais aussi l'inspiration, son
inspiration. Les habitudes, la routine sont nos pires ennemies. On a vite fait d'être
pris dans une toile d'araignée, sans s'en rendre compte. Et lorsqu'on s'en rend
compte, il est trop tard. On ne peut plus rien sauver, la respiration n'est
plus possible, on suffoque.
On peut donc faire l'éloge du vide, car le vide, le vide
volontaire, le vide-rupture, le vide générateur de vie permet de prendre
conscience du pouvoir qui est en nous. Le pouvoir d'inventer, le pouvoir de
créer.
Pour
une illustration de ce concept dans le domaine de l'architecture cher à mon ami
Pergame, on peut lire avec intérêt : "
Eloge du vide, réduction, production et réception en architecture", par
Jorge Cruz Pinto (http://www.lecarrebleu.eu/allegati/LCB_2-2010%20-%20web.pdf)
,article sur lequel je suis tombé grâce à Google, alors même que j'avais écrit
mon texte, et auquel j'adhère totalement, dans l'approche philosophique tout au
moins, pour le reste je ne suis pas assez connaisseur en architecture pour apprécier la portée des propos de Cruz Pinto.
On connaissait "Eloge de l'ombre", mais on va se jeter sur "Eloge du vide" (en espérant que le vide ne soit pas abyssal !).
RépondreSupprimerDominique Perrault (celui de la BNF) avait fait tout un travail sur le vide lors de la dernière biennale de Venise. De même, le pavillon hollandais avait moulé les espaces vides d'un territoire en polystyrène bleu et accrochés au plafond du pavillon. De même, il y avait une installation à la Douane de mer de l'artiste Rachel Whiteread faite d'un très grand nombre de blocs de résine alignés correspondant au vide moulé sous des sièges.
Bon, Gérard : à quand le boudhisme ? Au fait, j'ai une place pour Léonard Cohen !
Cher Gérard,
RépondreSupprimerJe m'interroge : depuis que tu as produit ce texte "Eloge du vide", rien. Remarque, tu es assez cohérent avec toi même. Tu sublimes le vide ; on ne voit pas très bien pourquoi tu te déjugerai en remplissant ce vide de textes ou de photos ! Sais-tu que le vide est aujourd'hui à la mode en architecture ? Les architectes ne travaillent plus que sur cette notion. notion. Le vide est majeur, omniprésent, omnipotent. Il est tellement vide, ce vide qu'on le voit finalement partout et que ce vide est plein... De vides. Bon Gérard, fait nous un éloge du plein à présent !